Collège-Lycée Léon l'Africain - Enseignement français homologué
HASSAN AL WAZZAN DIT LEON L'AFRICAIN
La fascination exercée par ce voyageur du XVIe siècle est justifiée. Homme d'Orient et d'Occident, homme d'Afrique et d'Europe, Léon l'Africain est, d'une certaine manière, l'ancêtre de l'humanité cosmopolite d'aujourd'hui...
 
En 1518, un ambassadeur maghrébin, revenant d’un pèlerinage à La Mecque, est capturé par des pirates siciliens, qui l’offrent en cadeau à Léon X, le grand pape de la Renaissance. Impressionné par la culture et la sagesse de cet h omme , et surtout par sa connaissance des contrées les plus mystérieuses, le Souverain Pontife le libère et le baptise de sa main , en lui donnant ses propres noms.
Ce voyageur s’appelait Hassan Al-Wazzan ; il devient le géographe Jean-Léon de Médicis, dit Léon l’Africain.
Ainsi, après avoir vécu à Grenade, sa ville natale, à Fès, à Tombouctou, au Caire, à Constantinople, Léon passe plusieurs années à Rome, où il enseigne l’arabe, écrit la partie hébraïque d’un dictionnaire polyglotte, et rédige, en italien, sa célèbre "Description de l’Afrique ", qui va rester pendant quatre siècles une référence essentielle pour la connaissance du continent noir.

Mais plus fascinante encore que l’oeuvre de Léon, c’est sa vie, son aventure personnelle, que ponctuent les grands événements de son temps : quand il vient au monde vers 1489 , Grenade est déjà pratiquement assiégée par Ferdinand et Isabelle, les rois catholiques, parvenus à la phase ultime de la Reconquista.

Dernier bastion de l’Islam en Espagne, la cité capitule en 1492, date qui marque, pour de nombreux historiens, la fin du Moyen Age et le début des Temps Modernes. D’autant que, le jour même de la chute de Grenade, un certain Christophe Colomb se trouve sur les lieux. Il cherche à obtenir d’Isabelle de Castille qu’elle consente à financer son expédition vers "les Indes". On avait laissé entendre au marin génois que les caisses des rois catholiques allaient être renflouées par le fabuleux trsor de l'Alhambra, et qu'on pourrait ainsi lui procurer l'or qu'il réclamait.

La prise de Grenade est suivie, quelques mois plus tard, d’une expulsion massive des juifs sépharades, qui se dispersent tout autour du bassin méditerranéen ; bientôt, les musulmans d’Espagne sont à leur tour contraints de choisir entre la conversion et l’exil. Encore enfant, le futur Léon l’Africain doit quitter l’Andalousie avec sa famille pour échapper à l’Inquisition. Il se réfugie à Fès, joyau du Maghreb, dont il a laissé une description inoubliable, ne négligeant aucun détail significatif : les magiciens, les fous de Dieu, les mœurs sexuelles, les cérémonies nuptiales, etc. A partir de sa nouvelle patrie, Hassan sillonne l’Afrique : il n’a pas dix-sept ans lorsqu’il effectue son premier voyage à Tombouctou et se voit confier sa première ambassade.

Depuis, il n’arrête pas de parcourir le monde, consignant minutieusement observations et anecdotes. Il visite ainsi le repaire du pirate Arouj Barberousse, sur la côte de l’actuelle Algérie, puis se rend à Constantinople,auprès du Grand Turc, chargé d’une mystérieuse, mission diplomatique . Il connaît également l’Afrique noire à l’apogée de son dernier grand empire, celui de l’Askia Mohamed Touré. Par la piste des caravanes sahariennes, il passe en Égypte, où il assiste à la chute du sultanat Mamelouk : le Caire est conquis par les Ottomans, en 1517, à l’issue d’une impitoyable bataille de rues. Un empire disparaît, un autre s’impose, qui survivra jusqu’au XXe siècle et, comme par miracle, notre héros est sur place, témoin oculaire des soubresauts de l’histoire.

Hassan quitte alors l’Égypte, meurtrie et diminuée, pour effectuer, comme tout bon musulman, le pèlerinage de La Mecque. En se prosternant devant la sainte Kaaba, il est à mille lieues de se douter que bientôt, le 6 janvier 1520 très exactement, fête de l’Épiphanie, il serait agenouillé dans la basilique Saint-Pierre de Rome, pour recevoir le baptême et s’entendre nommer "Léon".

Sans rancoeur, sans étonnement excessif, avec une résignation teintée d’ironie, Hassan abandonne son ancienne identité, son ancienne Foi, il rompt avec toutes ses patries successives, pour devenir un personnage de la Renaissance italienne. Il a d’abord pour professeurs trois évêques spécialement chargés par le Pape de veiller à son instruction intensive.

Puis, à son tour, il devient enseignant et écrit abondamment, en italien, en latin, en arabe, en hébreu. Il côtoie les autres protégés de Léon X , notamment le grand Raphaël.

Mais à Rome aussi, Léon a rendez-vous avec les ruptures de l’histoire. L’âge d’or touche à sa fin : la papauté, alliée à François 1er, subit les contrecoups de la défaite du roi de France à Pavie en 1525. L’armée de l’empereur Charles Quint, commandée par le connétable de Bourbon, marche sur Rome, qui est prise en mai 1527, et mise à sac. Le pape s’enfuit précipitamment du palais du Vatican pour se réfugier au château Saint-Ange, que les troupes impériales viennent assiéger. Dans la ville, c'est le carnage : plus de huit mille personnes sont massacrées en un seul jour. La Renaissance romaine s’achève dans un bain de sang.

C’est probablement à cette date que Léon se décide à quitter la Ville éternelle. Il s’installe à Tunis, reprend son ancien nom, revient à sa Foi d’origine, et vit paisiblement ses dernières années.

Telle est l’histoire véritable de cet extraordinaire personnage. Elle lui a valu, depuis quatre siècles, ce qu’on pourrait appeler une discrète célébrité : il appartient en effet à ces privilégiés de l’histoire dont le nom figure, aujourd’hui encore, dans tous les dictionnaires, en quelques lignes, ou en quelques paragraphes. Sa "Description de l’Afrique", traduite en français dès 1556, a été accusée par certains historiens d’avoir, par précision et par l’acuité de ses observations, facilité la pénétration occidentale au Maghreb et dans les pays sahariens. Ce qui est, au delà de la polémique, un hommage à la qualité de l’oeuvre.
Au XXe siècle, le grand orientaliste Louis Massignon a consacré son premier ouvrage à Léon l'Africain...
D'après la biographie
"Léon l'Africain"-Edition J.C. Lattès
d'Amin MAALOUF - Prix Goncourt 1993
 
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